La prière au tout — une introduction

Pourquoi cette prière, et pourquoi vingt-deux versions

Cette prière n’est pas une construction intellectuelle. Elle est née d’une rencontre accidentelle : un livre, La Vie des Maîtres de Baird T. Spalding, offert il y a près de trente ans par une personne qui s’avérera, plus tard, être l’une des plus difficiles que j’aie croisées. Étrange ironie d’un cadeau : c’est pourtant ce livre, et une prière qu’il contenait, qui ouvriront en moi une dimension que j’avais jusque-là  cherchée ailleurs, sans succès.

Je n’avais pas remarqué cette prière à la première lecture. Vingt-cinq ans plus tard, après une pratique assidue du bouddhisme Vajrayāna tibétain, je l’ai redécouverte — et cette fois, elle m’a sauté aux yeux. J’ai remplacé mes pratiques bouddhistes simplement par elle. J’ai commencé à la réciter chaque matin, en m’efforçant d’être pleinement présent à ce que je disais. Assez vite, certaines tournures ne correspondaient plus tout à fait à ce que je ressentais en la disant. Je les ai changées, une à la fois, sur près d’un an. Par confusion, j’ai aussi voulu ajouter ce que je pensais, peut-être sans trop le ressentir, mais ça n’a jamais survécu plus d’une version ou deux.

C’est ainsi que sont nées les versions présentées dans les archives du site : elles ne sont pas des brouillons, mais les traces d’une compréhension qui s’approfondit. C’est pourquoi je les ai remises. Lire ces versions à la suite, c’est voir un cheminement, sans qu’aucune n’ait été pensée à l’avance.

Quand j’écris cette introduction, c’est la version 22 qui est la plus aboutie mais je sais déjà qu’en continuant à pratiquer, il y en aura d’autres et c’est étrange, mais j’ai hâte de les découvrir.

Ce que cette prière n’est pas

Elle n’est pas une doctrine. Elle ne demande aucune croyance préalable, n’appartient à aucune religion, ne prescrit aucun dogme. Elle est laïque, ouverte à quiconque, croyant ou non, bouddhiste ou athée, en recherche ou simplement curieux de spiritualité. Ca n’est pas non plus un texte figé. C’est un texte vivant, que l’on peut toujours modifier selon sa compréhension, mais surtout son ressenti.

Ce qu’elle est

C’est un mode d’emploi — une méthode pratique, pas une théorie à comprendre. Elle s’organise en six mouvements qui se répondent : reconnaître le lien qui nous unit à tout ce qui nous entoure, nous dépasse et nous constitue ; entrevoir ce que ce « tout » est en cernant ce qu’il n’est pas; apprendre à s’unir à lui, jour après jour, par la pratique et la vigilance de l’esprit ; comprendre comment votre désir façonne votre expérience du tout et interagit avec lui, comment un désir tenu avec confiance se réalise; formuler le désir le plus juste qui soit ; et enfin, accueillir ce qui s’accomplit avec gratitude.

Je la récite chaque matin depuis près d’un an. Ce que j’en retire ne se laisse pas facilement mettre en mots — c’est moins une compréhension nouvelle qu’un sentiment progressif de justesse, de calme, d’union avec quelque chose dont je ne peux, en réalité, être séparé, mais qui échappe encore à ma pleine attention. Plus je pratique cette prière, plus j’en découvre avec étonnement le potentiel ; chaque matin, de nouvelles nuances qui m’avaient échappé. Et je peux déjà témoigner d’un effet réel : moins d’agitation intérieure, davantage de présence, et une confiance plus tranquille dans ce que la vie m’apporte.

Comment l’utiliser

Voilà une façon de commencer : Vous pouvez la lire attentivement, une fois, pour voir si elle résonne. Si c’est le cas, je vous conseille de la relire souvent, au calme, car c’est la répétition qui ouvre la porte de la compréhension, puis du ressenti. Je l’ai assez vite apprise par cœur pour être libre de la réciter chaque matin, les yeux fermés, assis confortablement sur une chaise, le dos droit, les mains sur les genoux, attentif, posé, dans l’union.